C'était il y a environ cinq ans que je l'ai vu pour la première fois. Il était dans un champ, avec trois autres chevaux. Il était noir, beau, une corde passée autour du cou. C'était l'époque où, dès que je voyais un animal, je lui donnait un nom. Un nom m'a traversé l'esprit : Jazz. Ca me convenait. Ca nous convenait, mes amies et moi.
Je le revis quelques fois, toujours avec ses camarades, nommés Cactus, Caramel et j'avoue que l'autre nom m'échappe.
En parallèle, je fis la connaissance de Cindy, Gipsy, Fidji, Païko et Sheïtan. Ils occupèrent mon esprit pendant longtemps. Je l'apercevais quelques fois, dans son champ, sans y prêter attention.
Puis vint un jour, où il fut placé dans un champ à proximité du parc des juments. Cela posa un problème car lorque que nous voulions passer devant ce champ, le cheval s'excitait, et les juments aussi. Nous avons appris qu'il s'agissait d'un étalon. Impossible donc de passer devant ce champ, un détour s'imposa. La bête était désormais seule. Ce pré était proche de chez moi, je passais donc souvent devant mais sans prêter guère attention à son occupant.
Il y a un an environ, lors de l'hiver, j'avais trop de pommes dont il fallait que je me débarasse. Je décidais donc je les lui donner. Il les accepta avec joie, me bavant dessus, du jus de pomme dégoulinant des lèvres. Je craqua un peu. Je lui fit quelques bisous, des câlins. Il ne repoussa pas, loin de là, mais sans plus.
Puis l'année passa, sans je revit le cheval.J'appris un peu plus tard son vrai nom : Dolly. Désormais lorsque je le voyais c'était : " Bonjour Dolly". Point. rien n'avait changé même si je le trouvais mignon, seul, évidemment sans compagnons vu que c'était un étalon. Il était sale, couvert de boue, ses sabots étaient un peu longs, je me demandais si on s'en occupait, même si une de mes connaissances connaissait son propriétaire et que je voyais bien qu'il avait de l'eau et qu'il était changé de pré régulièrement. Seulement il n'y avait pas de personnes qui venait le voir tous les jours, le brosser, lui faire faire des promenades ... etc. Je m'excuse d'avance si ce cheval avait tous les soins nécessaires, je ne le voyais tout de même pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il était toujours à l'une des extréités de son parc, ou à l'ombre l'Eté.
J'ai toujours ressentit un petit quelque chose pour cette bête, mais je ne cherchais pas spécialement à nouer un contact ou quoi que ce soit, c'était un cheval ordinaire, je ne connaissais pas ses propriétaires ...
Mais le 29 novembre 2008, tout changea. Toujours des pommes en trop. Il venait seulement de neiger. Une dizaine de centimètres de neige, deux petits degrès Celcius. Nous apportons du foin aux juments, et des pommes. Je propose que l'on en garde pour Dolly, pas aussi gros que les juments. Nous arrivons à son pré, nous l'appelons : il nous dit bonjour avec un juoyeux hennissement. On l'appelle pour qu'il vienne nous voir et manger des pommes mais il ne descend pas. Les autres ont voulu continuer notre promenade mais j'ai voulu attendre encoe un peu. Il est finalement descendu une minute plus tard en faisant attention à ne pas glisser. Je lui ai tendu une pomme qu'il a reniflé mais pas mangé. Etonnée, je lui re-présente, il la re-sent mais ne la mange toujours pas. A ce moment, il passe sa tête par dessus la barrière et met son nez dans mon cou. Je ne peux expliquer ce que j'ai ressenti. Il ne voulait pas de pommes, seulement des câlins ! Je lui ai soufflé dans le nez, je lui ai transmis mon odeur, je suis sûre qu'il m'a reconnue. Il n'a pas voulu d'herbe, juste des bisous, des papouilles. Il se laisser faire agréablement, et a plus chercher des caresses avec moi qu'avec les autres. Il restait, la tête sur mon épaule ou son nez dans le mien. On était bien tous les deux. Il n'a pas voulu des pommes. Puis, à cause du froid et des personnes qui commencaient à s'impatienter, j'ai du partir. J'ai marché le long de la clôture et je me suis dit "imagine qu'il te suive". Et c'est ce qu'il a fait. Il marchait à côté de moi, à mon rythme. Je me suis arrêtée, il s'est arrêté, a passé sa tête par dessus la clôture et a remis son nez dans mon cou. J'ai profité de ce moment car les autres commencaient sérieusement à vouloir rentrer. J'ai donc continué mon chemin le long de son parc et il a continué à me suivre. La fin du champ arrivait, ma peine aussi. Au bout du pré, je lui ai refait un dernier bisou, un dernier échange d'odeurs, un dernier regard. A contre coeur je suis partie, sans me retourner. Je serais rester auprès de lui toute ma vie. Maitenant j'ai compris que le coup de coeur que j'ai eu pour lui n'est pas un hasard, j'irai dorénavant le voir le plus souvent possible, en essayant de nouer un lien. Peut-être sans résultats mais qu'importe. Il m'a déjà tant donné.
A Dolly, Jazz ou cheval mystérieux, à l'étalon noir magnifique, je t'aime.